Ou pourquoi la vraie question n'est pas celle que vous croyez.
Le grand malentendu
Il y a une frénésie en ce moment.
Chaque semaine, un nouvel outil. Chaque mois, une révolution annoncée. Les entreprises "font de l'IA" comme on cochait "transformation digitale" il y a dix ans. Avec le même empressement. Et souvent, la même confusion.
On prompte. On automatise. On génère. Des slides, des mails, des contenus, des rapports. On branche des API, on déploie des chatbots, on forme les équipes à "bien parler à l'IA".
Et on appelle ça la modernité.
Moi j'appelle ça de l'agitation.
Parce qu'il manque une chose. Une seule. Celle que personne ne veut regarder en face.
Pour quoi faire ?
Le moteur sans volant
J'ai vu des dirigeants fiers de leur assistant IA interne. Incapables de m'expliquer leur positionnement en une phrase.
Des managers qui automatisent des reportings hebdomadaires. Pour alimenter des réunions où personne ne décide rien.
Des indépendants qui génèrent cinquante posts par semaine. Sans savoir à qui ils parlent. Ni pourquoi.
Des consultants RH qui déploient des outils d'évaluation augmentés. Sans avoir clarifié ce qu'ils évaluent, ni pour servir quelle vision du développement humain.
L'IA sans direction, c'est un moteur sans volant.
Ça accélère. Vers nulle part.
Ou pire : vers le mur, plus vite.
Ce que l'IA révèle vraiment
Le problème n'est jamais l'outil. Le problème, c'est qu'on lui demande de répondre à des questions qu'on ne s'est jamais posées soi-même.
Quelle est ma vision ? Quelle promesse je fais à mes clients ? Qu'est-ce qui me rend irremplaçable ? Où est-ce que je refuse d'aller ? Où est-ce que je veux être dans trois ans ?
Tant que c'est flou pour vous, l'IA produira du flou. Plus vite. Plus propre. Mieux emballé. Mais du flou quand même.
L'IA est un révélateur. Elle ne crée pas le manque de clarté stratégique. Elle l'expose. Elle le met en lumière avec une efficacité brutale.
Avant, le flou se cachait dans la lenteur. On pouvait bricoler, ajuster, improviser. Le temps masquait l'absence de cap.
Avec l'IA, tout s'accélère. Y compris la manifestation de ce qu'on n'a pas pensé.
La mauvaise question
Depuis deux ans, la question dominante est : "Qu'est-ce que l'IA peut faire pour moi ?"
C'est la question du consommateur. De celui qui attend. Qui regarde la vitrine et demande : qu'est-ce que vous avez pour moi ?
Cette question vous place en position passive. Vous devenez spectateur d'une technologie qui avance, et vous essayez de suivre. De capter ce qui passe. D'attraper les fonctionnalités au vol.
Résultat : vous êtes toujours en retard. Toujours en réaction. Toujours dépendant du prochain outil, de la prochaine mise à jour, du prochain gourou qui vous expliquera quoi faire.
Cette posture est épuisante.
Et surtout, elle est stérile.
Le renversement
Il existe une autre question. Plus exigeante. Plus féconde.
Ne vous demandez pas ce que l'IA peut faire pour vous. Demandez-vous ce que vous pouvez faire avec l'IA.
La différence tient en deux mots. "Pour vous" devient "avec elle". Mais tout change.
"Pour vous", c'est l'attente. "Avec elle", c'est l'intention.
"Pour vous", c'est l'IA comme service. "Avec elle", c'est l'IA comme levier.
"Pour vous", c'est "qu'est-ce que ça fait ?" "Avec elle", c'est "qu'est-ce que j'en fais ?"
Cette question vous replace au centre. Non pas comme utilisateur, mais comme architecte. Celui qui sait ce qu'il veut construire et qui choisit ses outils en conséquence.
Ce que ça change concrètement
Quand vous savez ce que vous voulez faire avec l'IA, tout devient plus simple.
Vous ne courez plus après chaque nouveauté. Vous filtrez. Vous sélectionnez ce qui sert votre projet et vous ignorez le reste. Vous gagnez un temps considérable.
Vous ne produisez plus pour produire. Chaque contenu, chaque automatisation, chaque usage répond à une intention claire. La quantité cède la place à la pertinence.
Vous n'avez plus peur d'être remplacé. Parce que vous avez compris que l'IA amplifie, mais qu'elle n'invente pas de direction. Votre vision reste votre avantage compétitif. Le seul qui ne se copie pas.
Vous devenez lisible. Pour vos clients, vos partenaires, votre équipe. Quand on sait où on va, on sait aussi le dire. L'IA devient alors un accélérateur de clarté, pas un générateur de bruit supplémentaire.
Les vrais gagnants
Ceux qui tirent vraiment parti de l'IA ne sont pas les plus technophiles.
Ce ne sont pas ceux qui maîtrisent le plus de prompts, qui connaissent tous les outils, qui passent leurs soirées à tester la dernière version de tel ou tel modèle.
Ce sont les plus clairs.
Ils savent ce qu'ils veulent. Ils savent à qui ils s'adressent. Ils savent ce qu'ils promettent. Ils savent ce qu'ils refusent.
Pour eux, l'IA est ce qu'elle aurait toujours dû être : un amplificateur d'intention. Pas un substitut à la réflexion. Pas une béquille pour compenser l'absence de stratégie.
Un levier. Au service d'un projet.
Commencer par le vrai travail
Vous voulez vraiment utiliser l'IA ?
Alors commencez par ce qui n'a rien à voir avec la technologie.
Clarifiez votre vision. Pas un énoncé corporate creux. Une direction qui vous engage et qui oriente vos choix.
Définissez votre promesse. Ce que vous apportez à vos clients, formulé de manière si limpide qu'un enfant de douze ans comprendrait.
Identifiez votre territoire. Là où vous êtes légitime, pertinent, attendu. Et là où vous n'avez pas à aller.
Construisez votre positionnement. Ce qui vous rend distinct dans un monde où tout le monde a accès aux mêmes outils.
Une fois ce travail fait, l'IA prend sa juste place. Elle devient un multiplicateur de force, pas une source de dispersion.
Le fond de l'affaire
L'IA ne vous sauvera pas.
Elle ne compensera pas une vision absente. Elle ne créera pas de stratégie à votre place. Elle ne vous dira pas qui vous êtes ni où vous devez aller.
Elle accélère ce qui existe.
Si vous avez une direction claire, elle vous y emmène plus vite. Si vous êtes dans le flou, elle vous y enfonce plus profondément.
C'est aussi simple que ça.
Ne vous demandez pas ce que l'IA peut faire pour vous. Demandez-vous ce que vous pouvez faire avec l'IA.
La réponse à cette question, personne ne peut la générer à votre place.
C'est la vôtre.
Et vous, c'est quoi votre intention ?
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